Jacques II de Chabannes

En Bref:

Jacques II de Chabannes dit Jacques de La Palice (ou de La Palisse), né en 1470 à Lapalisse dans le Bourbonnais et mort le 24 février 1525 à Pavie en Italie, est un noble et militaire français, maréchal de France. Il sert sous trois rois de France (Charles VIII, Louis XII et François Ier) et participe à toutes les guerres d'Italie de la période. L'Historiographe du roi Louis XII, Jehan d'Authon dit l'abbé d'Angles, le qualifie dans ses Annales de Second Hector et dans plusieurs ouvrages de biographies nationales, dont celle de Louis-Gabriel Michaud, il est considéré comme l'un des plus grands capitaines de son temps.

Biographie:
 
Sous Charles VIII:

D'une fratrie de huit enfants, il est le fils aîné de Geoffroy de Chabannes, seigneur de Charlus et de La Palisse et sénéchal du Rouergue, et de son épouse Charlotte de Prie, demoiselle d'honneur de la reine Marie d'Anjou, il est le petit-fils de Jacques Ier de Chabannes dont le père a été tué lors de la bataille d'Azincourt ; compagnon de Jeanne d'Arc, il s'est notamment distingué à la bataille de Castillon. L'exemple de ce vertueux grand père aux innombrables exploits militaires, qui délivra aussi en 1432 le Château de Vincennes des anglais pour rendre sa demeure au roi de France Charles VII, ne manqua pas d'influencer fortement le futur apprentissage du chevalier. D'après les Mémoires d'Olivier de La Marche, en 1438 eut lieu un procès qui défraya la chronique où à la suite de divers ravages commis en Bourgogne par des compagnies d'écorcheurs commandées par Antoine de Chabannes comte de Dammartin et seigneur de Saint-Fargeau s'institua une querelle judiciaire entre les ducs Philippe le Bon et Charles Ier de Bourbon, Jacques Ier de Chabannes vassal de ce dernier, eu en représailles son château de Montaigu-le-Blin en Bourbonnais assiégé et pillé par les troupes d'un seigneur bourguignon Jean II de Grandson seigneur de Pesmes, qui réclamait vengeance. Jacques Ier frère d'Antoine eu le malheur de voir son fils ainé mineur Geoffroy de Chabannes (père de Jacques II) emmené prisonnier en Bourgogne au château de Pesme, demeure dudit seigneur de Grandson. Lors d'une assemblée tenue cette même année à Chalon-sur-Saône, une négociation diplomatique entre les deux duchés s'ensuivit, regroupant nombre de grands seigneurs bourguignons. Les pourparlers des tenants du duc de Bourgogne finirent par s'aligner sur ceux du duc de Bourbon et selon Olivier de La Marche, grâce à l'influence et à l'habile médiation d'Isabelle de Portugal épouse du Duc de Bourgogne, ce conflit finit par s'apaiser durablement, par la libération de Messire Jacques Ier et de son fils Geoffroy de Chabannes. Du côté du duc de Bourbon, l'intervention de son épouse Agnès de Bourgogne fille de Jean sans Peur (Jean Ier de Bourgogne) ne fut sans doute pas non plus étrangère au règlement pacifique de ce procès qui se termina à l'amiable, moyennant toutefois le paiement d'une forte rançon. Contrant sans cesse les visées expansionnistes de l'état bourguignon véritable bête noire pour la politique intérieure du roi Louis XI vers la fin du XVe siècle, l'armée royale eut malgré tout en Bourgogne le gain de quelques territoires. Ironie de l'Histoire quelques années plus tard, par Lettres Patentes signées à Arras le 29 Juillet 1477, Louis XI fit don à Geoffroy de Chabannes à son Amé et Féal Cousin, son Conseiller et Chambellan, pour le prix de ses bons services, de la terre et seigneurie de Pesmes en Bourgogne. Après avoir déjoué salutairement le piège tendu par la Maison de Bourgogne, la sœur du jeune Jacques II de Chabannes contracta un mariage le 8 Novembre 1481 avec un prince du sang Charles de Bourbon prince de Carency, appartenant à une branche capétienne de la Maison de Bourbon-Carency. Dès lors la vocation du jeune seigneur engagé au service de la Maison de France, fut élevé comme enfant d'honneur à la cour d'Amboise auprès du Dauphin où il se montre doué dans les tournois et les carrousels. Il entre à l'âge de quinze ans au service du roi de France Charles VIII, qui est du même âge que lui.

 

Son premier fait d'armes se déroule le 28 juillet 1488 lors de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, où il accompagne son père au sein de l'armée française commandée par La Trémoille. Ayant remarqué la valeur de La Palice, le roi l'adoube chevalier au soir du combat. Cette victoire française contre l'armée de François II de Bretagne marque la fin de la Guerre Folle et la réunion du duché de Bretagne au royaume de France. À partir de l'année 1490, La Palice, en qualité d'écuyer, fait partie des 100 gentilshommes pensionnaires de la Maison du roi. Afin de satisfaire à l'entretien du jeune chevalier au service de sa Maison, Charles VIII  lui fait don en 1490 d'une pension de 525 livres tournois. Cette année-là, tout juste âgé de 20 ans, il est l'objet de l'attention du souverain, qui envisage de le marier avec Françoise Dauphine de L'Espinasse, une demoiselle alliée à la maison de Polignac. A cet effet Rigaud d'Aureille maître d'hôtel du roi et seigneur de Villeneuve-Lembron, fut mandaté pour satisfaire à cette mission matrimoniale, mais pour des raisons demeurées inconnues, ce projet d'union n'eut pas de suite puisque le jeune La Palice épousa en premières noces, au mois de janvier 1492, une damoiselle originaire de l'Angoumois, Jeanne de Montberon, demoiselle d'honneur de la reine Anne de Bretagne et fille du chambellan Eustache de Montberon. Malgré le fort endettement du seigneur de Montberon, la dot de la jeune épouse est de 10 000 livres tournois. Jeune capitaine dirigeant une petite compagnie d'infanterie composée de 40 lances fournies de la Compagnie d'ordonnance du roi, La Palice, devenu chambellan du roi, se voit accorder par celui-ci, durant l'année 1494, une pension de 1 500 livres en récompense de ses services.

 

Lors de la première guerre d'Italie, à la fin de l'année 1494, le capitaine de La Palice, âgé de 25 ans, suit le roi afin de conquérir le royaume de Naples. Charles VIII lui confie la direction d'une compagnie d'ordonnance, composée de 40 lances, soit un effectif de 300 hommes d'armes. Il combat d'abord dans le duché d'Asti à Valenza, Tortona et Alexandrie. À la tête d'une puissante armée, commandée par La Trémoille et le maréchal Pierre de Rohan-Gié, l'armée du roi de France fait une entrée triomphale à Florence, en novembre 1494. En octobre, La Palice est dans le Milanais dont le duc Ludovic Sforza est allié du roi de France. En février 1495, il participe à la prise de Naples. Durant cette importante expédition militaire pour la conquête de Naples, le roi Charles VIII se préoccupe de mettre à l'avant-garde de son armée les plus prometteurs de ses capitaines, parmi lesquels figure La Palice. Le 6 juillet, pendant le retour de l'armée en France, celle-ci se heurte près de Parme aux forces militaires de la ligue de Venise. Au cours de la bataille de Fornoue qui a lieu le 6 juillet 1495 et que les chroniqueurs transalpins qualifièrent de Furia francese tant la fougue des forces françaises fut grande, le commandant des armées vénitiennes François II de Mantoue se heurte à une vive résistance de l'armée française qui réussit toutefois à passer. Le jeune capitaine de La Palice contribue à ce succès.

 

À la suite de l'annexion encore récente de la Bourgogne, le pouvoir royal favorise aux frontières de cette province l'implantation militaire de diverses garnisons, dont celle d'une compagnie d'ordonnance composée de 39 hommes d'armes et de 79 archers, du nombre de 40 lances, placée sous la conduite de La Palice et de Jean de Nocé son lieutenant. De retour dans ses terres, La Palice reçoit le roi de France dans son château de La Palisse, en Bourbonnois, le 1er juillet 1496. Le souverain lui fait don par la suite des revenus des greniers à sel de Semur-en-Brionnais et de Marcigny. En ce début d'année 1498, Jacques de La Palice en tant que chambellan et conseiller du roi, est incontestablement un proche du pouvoir royal, puisqu'une quittance de 120 livres tournois payée au jeune capitaine de 40 lances, mentionnèrent ces titres, quittance adressée le 24 Mars 1498 à messire Pierre Legendre trésorier des guerres. Après un règne écourté à 14 années, le 27 avril 1498, la lignée directe des Valois s'éteint brutalement par la mort accidentelle du jeune roi Charles VIII, âgé de seulement 27 ans, avec qui La Palice a entretenu une étroite relation d'amitié.

Sous Louis XII:

Lorsque Louis XII monte sur le trône, La Palice est nommé dès juillet 1498 maître des Eaux et Forêts du Languedoc. Il accompagne ensuite le nouveau monarque à Milan. Se prétendant légitime héritier du Milanais par sa filiation avec Valentine Visconti, Louis XII a déjà attaqué Novare pendant que son prédécesseur et cousin, allié du duc de Milan, est à Naples. Milan est pris en octobre 1499, et Ludovic Sforza est battu et capturé à Novare en avril 1500. Afin de récompenser La Palice de cette victoire, le roi le fait dès l'an 1500 seigneur engagiste de sa baronnie du château de Semur-en-Brionnais. Concernant les droits de Cens payés sur ladite seigneurie, les comptes de Jean Sapin, receveur général des finances en Bourgogne, révèlent qu'ils restèrent longtemps exemptés de recettes, parce que le roi avait fait don gracieusement à M. de La Palice de sa châtellenie de Semur-en-Brionnais.

 

Cependant, la guerre reprend aussitôt et La Palice s'empare en 1501 de plusieurs places dans les Abruzzes et les Pouilles, et est fait vice-roi des Abruzzes en 1502. La même année, il arbitre un duel entre l'Espagnol Alonzo de Soto Mayor et le chevalier Pierre Terrail de Bayard, désigné par celui-ci pour être son parrain. Le 22 février 1503, Don Gonzalve de Cordoue, commandant l'armée du roi d'Aragon, qui tient garnison à Barlette dans les Pouilles, apprend qu'une compagnie d'infanterie française commandée par La Palice a mis le siège devant la ville de Ruvo, située à proximité. Réunissant ses troupes, El Gran Capitan entreprend d'assaillir les murs de la cité de Ruvo, afin de combattre militairement les Français. Avec son artillerie, Gonzalve fait détruire l'enceinte de la ville, mais La Palice, qui attend des renforts, résiste lors de la bataille de Ruvo. Ayant réussi à percer quelques brèches dans la muraille, Gonzalve se rend cependant maître de la cité et La Palice, grièvement blessé, doit se rendre à Gonzalve de Cordoue, qui le fait conduire sous les remparts et menace de l'exécuter. Les derniers soldats français retranchés dans Ruvo sont attaqués par les Espagnols. Gonzalve ordonne aux troupes françaises de se rendre, en échange de quoi la vie de La Palice sera épargnée. Ce dernier incite néanmoins son lieutenant Cormon à poursuivre le combat. La citadelle est finalement emportée mais Gonzalve, admiratif, fait soigner La Palice par ses chirurgiens.

 

La Palice reprend par la suite du service et accompagne en avril 1507 le roi Louis XII qui envisage de faire une nouvelle expédition militaire en Italie, où il compte obtenir la soumission de la république de Gênes. Chargé de réprimer la rébellion des Gênois contre l'autorité française, sous le commandement du lieutenant-général Charles II d'Amboise, Louis XII envoie une armée d'environ 50 000 hommes afin de prêter main-forte au gouverneur Philippe de Clèves. La Palice, qui commande l'avant-garde de l'ost français au siège de Gênes, se bat avec distinction et contribue à la prise du fort de la ville. Lors de cette offensive, avec 3 000 fantassins, il donne notamment l'assaut à la montagne de Gênes, foyer de résistance des Gênois retranchés dans la forteresse. Au cours du combat, il est grièvement blessé d'une estafilade à la gorge et doit céder le commandement à Robert Stuart d'Aubigny. S'étant rendu maître de la cité et ayant obtenu la soumission des consuls de la ville, Louis XII fait son entrée solennelle à Gênes le 28 avril 1507. À la suite de la répression de nombreuses exactions commises dans la cité, " le roi annonça que la seigneurie de Gênes était annexée au domaine royal avec toutes ses dépendances maritimes comme la Corse et qu'elle serait régie et gouvernée à la manière de France. Un vice-roi n'était plus nécessaire. Ravestein fut remercié et remplacé par Raoul de Lannoy, bailli d'Amiens. Présenté au peuple, il jura au roi de bien le servir et de faire bonne justice". La République de Gênes à présent pacifiée, le roi Louis XII s'en retourna dans sa bonne ville de Lyon, où il fit son entrée solennelle le 17 Juillet 1507. Ce fut à cette occasion et afin de récompenser La Palice de la grande témérité qu'il montra pour la reconquête de la République de Gênes; que le roi lui fit don des revenus d'un francs-fief de la ville de Lyon appartenant à la Couronne, revenus fonciers provenant de la Ferme de La Réve en Lionnois, que Louis XII alloua en toute libéralité et en loyale reconnaissance à M. de La Palice. Le spectre de la guerre reprenant de plus belle, La Palice remonta vite en selle et reprit du service, où il fut envoyé par le roi en vénétie combattre contre la République de Venise .

 

En 1509 il participe au siège de Treviglio et à la bataille d'Agnadel qui s'acheva sur une victoire française. Lors de la guerre de la Ligue de Cambrai engagée contre la République de Venise, La Palice participa aux sièges militaires de plusieurs places fortes, dont ceux de Castel Novo, Trévise ou Monselice où il fit capituler avec panache cette dernière. Afin de récompenser la grande bravoure qu'il montra à la prise de Monselice, la reine Anne de Bretagne fit envoyer à M. de La Palice, une chaine en or fin. Dans son Histoire de Venise, même le célèbre Pietro Bembo fit allusion à la prouesse militaire du commandant de La Palice, qui procéda avec succès à la capitulation de Monselice, opérée le 21 Juin 1510. Sous le poids de son armure, l'inlassable témérité de La Palice, fut également exaltée dans l'ouvrage du Voyage de Venise, où le poète Jean Marot, versifia avec louanges son intarissable courage :

 

" Lors Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice,

 

Tout devant l'avant garde, la lance sur la cuisse,

 

Va cherchant ennemis, désirant les trouver,

 

En Bataille rangée, pour sa vertu prouver "

 

Cette même année, La Palice devient commandant en chef des troupes françaises en Lombardie. Envoyé au secours de l'empereur Maximilien Ier, il prend part en 1511 au conflit qui oppose les Espagnols au pape Jules II et succède à Chaumont d'Amboise à la tête des troupes françaises en Italie. Envoyé en 1511 en opération militaire dans le Frioul et en Vénétie, La Palice repousse l'armée vénitienne venue assiéger certaines villes. Ainsi nous trouvons cette parfaite combativité de La Palice, confirmée dans une lettre datée du 5 Août 1511, écrite par Gaston de Foix, duc de Nemours et envoyée au roi Louis XII, l'informant de la prise de la ville de Suane par M. de La Palice, lequel avait repoussé avec succès les bataillons vénitiens. En cette même année, La Palice obtient la charge de grand maître de France. Il est le 3e descendant de la maison de Chabannes à être promu à cette dignité.

 

Au début de l'année 1512, quand le jeune Gaston de Foix-Nemours arrive en Italie pour prendre le commandement de l'armée française, La Palice le seconde. Sous ses ordres, il se porte aux secours des Bolonais assiégés par les troupes espagnoles. Il réussit à faire lever le siège, puis le 11 avril 1512, participe à la bataille de Ravenne. Cette victoire française sur les Espagnols voit la mort de Gaston de Foix et la Palice est désigné pour lui succéder comme commandant en chef des armées d'Italie. Parmi les nombreux chevaliers qui périssent dans la bataille se trouve également le capitaine Yves d'Alègre de Tourzel, beau-frère de La Palice et commandant de l'arrière-garde française. La disparition de Gaston de Foix et celle d'Yves d'Alègre jette la consternation dans les rangs de l'armée française. Dans sa Storia di Italia (livre X), l'historien florentin François Guichardin écrit à propos du revers essuyé par les troupes françaises : « il y eut outre cela un grand nombre de blessés ; mais la perte des français à cet égard fut sans comparaison plus grande, par la mort de Gaston de Foix et d'Yves d'Alègre et par celle d'un grand nombre de seigneurs de la première noblesse de France […] ».

 

Au lendemain de la victoire de Ravenne, La Palice fait prisonnier le cardinal Jean de Médicis, futur pape Léon X légat du pape Jules II. Ce prélat, après avoir gagné la confiance des cardinaux ayant prêté allégeance à Léon X, essaie d'entrer en relation avec la curie romaine, en vue de procéder à une négociation diplomatique. Face à cette situation, La Palice doit opter pour un délicat compromis politique et diplomatique. Dans un ouvrage du xviie siècle sur L'Histoire ecclésiatique, l'abbé Claude Fleury résume les intrigues de cet événement :

 

« Il demanda permission à La Palice d'envoyer à Rome pour ses affaires particulières Jules de Médicis commandeur de Rhodes (Clément VII), son cousin-germain; il promit de solliciter le Pape et ses amis à payer sa rançon faisant accroire qu'il n'auroit pas plutôt recouvré sa liberté, qu'il accommoderoit la France avec le Saint-Siège. Sur cette promesse il obtint sa permission. Jules de Médicis vint donc à Rome et eut une audience secrète avec le pape, à qui il représenta la perte des François à la Bataille de Ravenne ; la mauvaise intelligence entre La Palice et le cardinal de Saint-Séverin (Federico Sanseverino) la désertion d'un grand nombre de soldats qui s'étoient enrichis du pillage de Ravenne ; l'armée des Suisses qui commençoient à paroître sur les frontières du Duché de Milan et l'obligation où se trouveroit La Palice d'y retourner avec la meilleure partie de ses troupes, pour garder ce Duché. Enfin il n'oublia rien pour persuader au Pape, que les Victorieux avoient beaucoup plus perdu dans la dernière action que les Vaincus: que l'armée françoise étoit entièrement ruinée et que bientôt on verroit une révolution de la Ligue. »

 

La victoire de Ravenne, qui est une victoire à la Pyrrhus, ne consolide en rien la position stratégique des Français en Italie, car La Palice, au lieu de marcher en direction de Rome, reçoit l'ordre de se replier dans le duché de Milan, assiégé par les armées helvètes. Cet affaiblissement des forces françaises est notamment relaté dans l'œuvre2de Nicolas Machiavel, illustre penseur et philosophe florentin :

 

« Les Suisses enfin s'étaient mis en marche; mais plus prudents que dans leurs précédentes expéditions, ils s'étaient hâtés de se joindre aux Vénitiens. Les deux armées réunies comptaient plus de trente mille hommes; il n'en restait aux Français qu'environ douze mille. Un décret de l'Empereur qui ordonnait à tous ses sujets de quitter le service de la France acheva d'affaiblir l'armée de La Palice. Pour comble de maux la discorde se mit entre les chefs et la désertion parmi les troupes. Un léger échec, éprouvé sur l'Adda, vint décider du sort de la campagne, et les vainqueurs de Ravenne se trouvèrent repoussés jusqu'au pied des Alpes deux mois après cette mémorable journée. »

 

L'alliance des armées helvète et vénitienne s'apprêtant à occuper le Milanais complique la stratégie suivie par La Palice. Celui-ci s'empresse d'adresser un courrier à Jacques de Silly, trésorier général de Normandie et intendant de l'État de Milan. Toutefois, la lettre tombe entre les mains de quatre estradiots albanais et est portée au provéditeur Andrea Gritti qui, l'ayant fait lire en son Conseil, décide de laisser l'armée du pape et du roi d'Espagne en Romagne pour entrer en territoire milanais. La plupart des chroniqueurs du temps relatent avec quelques variantes la capture du cardinal Jean de Médicis, qui finit par réussir par son entremise auprès du Saint-Siège à mobiliser les armées du pape contre les Français. Malgré cette victoire en demi-teinte, l'attitude de La Palice, qui s'est trop attardé dans Ravenne pour livrer la ville au pillage, permet aux troupes de la Sainte-Ligue de se ressaisir afin de parvenir à chasser les Français de Lombardie. Afin de favoriser aux bonnes conditions d'une retraite en ordre de l'armée française qui dut se replier dans le Duché de Milan, le commandant de La Palice écrivit au roi une missive datée de Milan le 15 Mai 1512, dans laquelle il se porte garant que sa ville de Lugano sera sauvegardée et restera bien dans l'apanage de ses domaines :

 

" Nous Jacques de Chabannes, seigneur de La Palisse et grand maistre de France, promectons au Roy nostre souverain seigneur que Anthoine de Mondragon homme d'armes des ordonnances dudit seigneur soubz nostre charge gardera bien et loyalement pour ledit seigneur les places et chasteau de Lugan assis en la duché de Millan et que en ce qui est dit , ne lui concèdera aucune faulte (...) 22 "

 

Rentré en France à l'automne, La Palice est envoyé en octobre 1512 dans les Pyrénées pour secourir Jean d'Albret, roi de Navarre, qui voit son royaume de Navarre assiégé militairement par les troupes espagnoles de Ferdinand le Catholique. Disposant d'une armée de 10 000 hommes et de 50 canons, La Palice et le roi de Navarre décident de faire le siège de Pampelune, afin de couper l'avancée de l'infanterie du duc d'Albe. Ce dernier, qui a réussi à déjouer les plans de ses adversaires, a envahi depuis Saint-Jean-Pied-de-Port toute la Haute et Basse Navarre. Chargé de reconquérir le royaume de Navarre, La Palice se borne à exécuter les ordres de Louis XII qui s'engage à garder auprès de lui, à Blois, la reine Catherine de Navarre. La campagne se termine par un échec et Jean III d'Albret perd la souveraineté de ses territoires situés au-delà des Pyrénées au profit de l'Espagne victorieuse qui achève ainsi son unité territoriale.

 

 

La bataille de Guinegatte, en 1513, au cours de laquelle La Palice est fait prisonnier.

Après une trêve de quelques mois, La Palice est dépêché en mai 1513 à Thérouanne, alors seule possession française en Artois depuis la paix d'Arras de 1482, mais à la fin d'août 1513, les Français sont battus à la bataille de Guinegatte, surnommée la « journée des éperons » en raison de la débandade de la cavalerie française. La Palice y est blessé et fait prisonnier, ainsi que Bayard et Louis Ier de Longueville, mais parvient toutefois à s'échapper. Le monarque anglais, qui se trouve en personne au camp de Guinegatte, note dans une lettre qu'il adresse le 17 août 1513 à Marguerite d'Autriche : « l'on dict aussi que le sieur de La Palice est blessé ou tué; nous n'en sçavons pas encore la vérité, mais dès que nous aurons les congnoissances et certennetés de toutes choses, vous en avertirons ». La cité de Thérouanne est hélas finalement conquise le 23 août par les Anglais. De retour en France, La Palice se trouva impliqué le 16 Septembre 1513 dans un contentieux avec le chapître de Dol-de-Bretagne. où à la suite d'une condamnation prononcée par le Parlement de Paris , il se vit condamné à payer audit Châpitre une lourde amende de 3 000 livres tournois. Jacques de Chabannes qui jouit à la Cour de Blois de tous les honneurs et d'un inaltérable crédit d'estime que ne saurait entâcher les aléas de cette affaire judiciaire , eut le soutien de la reine Anne de Bretagne, qui intervint personnellement en sa faveur pour payer son procès, ordonnant à ses trésoriers de régler la dette du seigneur de Chabannes à prendre sur le trésor de ses propres deniers, et stipulant : " le tout en l'acquit et décharge de noble homme Jacques de Chabannes, seigneur de La Palisse et Grand Maître de France ( ....) de quoi nous tenons quitte ledit de Chabannes " .

 

 

Fief de sa seconde épouse, La Palice devient en 1514 seigneur de Montmirail, dans la Sarthe.

 

La nouvelle donne de la politique diplomatique des Valois par le traité de Dijon du 14 septembre 1513 scelle la défaite française et la fin du rêve italien de Louis XII. La Palice s'échappe peu après la conclusion de la paix et se retire sur ses terres, au château de La Palice. Comme grand officier de la Couronne et de par sa charge de grand maître de France, La Palice assiste aux obsèques de la reine Anne de Bretagne à la basilique de Saint-Denis, le 14 février 1514. Quelques jours après cet événement, le 20 février 1514, La Palice, alors âgé de 44 ans, épouse au château de La Fère, en Picardie, en présence de Marie de Luxembourg et du duc de Suffolk, Marie de Melun, âgée de 29 ans, descendante de la maison de Luxembourg-Saint-Pol et veuve de Jean V de Bruges de La Gruthuse, de qui elle a trois enfants. Lors de son remariage avec La Palice, cette dernière, originaire du Tournaisis, confie en tutelle ses trois enfants mineurs du premier lit à deux magistrats de la ville de Bruges, l'échevin Josse van de Velde et le grand bailli Jean de Praët. Sa dot se montant à 16 000 livres tournois , Marie de Melun apporte lors de son remariage avec La Palice les trois baronnies du Perche-Gouët : Authon, Montmirail et La Basoche-Gouêt, jadis possessions de son ancêtre Louis de Luxembourg-Saint-Pol.

 

Depuis la disparition de la reine Anne de Bretagne et après quelques mois de veuvage, le vieux roi Louis XII âgé de 52 ans, épousa à Abbeville le 9 Octobre 1514 une soeur du roi Henri VIII de la Maison Tudor, la jeune et sémillante princesse Marie d'Angleterre, tout juste âgée de 18 ans. Entourée d'une multitude de grands seigneurs venus d'Angleterre, la rencontre et le mariage des deux époux royaux eu lieu dans le splendide hôtel de La Gruthuse à Abbeville, alors propriété de Marie de Melun épouse de M. de La Palice, laquelle avait héritée cet hôtel de Jean V de Bruges de La Gruthuse son Ier mari, hôtel que ce dernier fit reconstruire, à la suite des premiers travaux engagés par le maréchal Philippe de Crèvecœur d'Esquerdes. Peu après l'entrée solennelle de la jeune et nouvelle reine de France, une fastueuse fête fut organisée en son honneur à partir du 13 Novembre 1514 rue Saint-Antoine à Paris, près de l'Hôtel des Tournelles, où de brillantes joutes équestres avaient été organisées, sous la conduite du duc de Valois ( le futur François Ier ). Le roi d'armes Montjoie ( Gilbert Chauveau ) annonça aux sons des trompettes qu'allaient concourir et entrer en lices, six des meilleurs chevaliers français sélectionné par M. d'Angoulèmes : M de Vendôme, la Palice, Bonnivet, Louis de Brézé, Fleuranges, Galéas de Saint-Severin, Montmorency, et du duc de Suffolk et du marquis d'Orset pour la partie anglaise. A l'occasion de cette Joute équestre, qui dura plusieurs jours , les chevaliers sélectionnés rivalisaient en singularité, sous leurs chatoyantes tenues d'apparat jetées sur de lourdes armures. Ainsi pour le surcot de M. de Chabannes, le bibliophile Jacob ( Paul Lacroix ) en fit la description suivante : " M. de La Palice dont la casaque de velour rouge avait par devant un grand lion noir tirant la langue, armé et couronné (..)" . L'organisation de ces joutes royales, occasionnèrent au banquet du roi d'honnorer la vaillance des chevaliers sélectionnés, où plusieurs festins et aubades données à la musique des ménestrels , faisait le plus grand effet à l'Hôtel royal des Tournelles. Parvenu à une grande fortune , La Palice Grand Maitre de France vend le 20 Décembre 1514 à Anne de France duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne, pour le prix de 10.000 livres tournois de rente à percevoir sur la Vicomté de Châtellerault que lui avait précédemment vendu Charles de Rohan-Gié, fils du maréchal défunt. Les réjouissances multiples et fastueuses que connut l'Hôtel des Tournelles où le roi adonné à des plaisirs divers dans les bras de sa jeune épouse venue d'outre-manche, vit sa santé s'altérer grandement, au point que le roi Louis XII surnommé le Père du Peuple trépassa soudainement en son hôtel, le Ier Janvier 1515. Après les grandioses funérailles en grande pompe de ce roi tant aimé enseveli dans la Basilique Saint-Denis, M. le Grand Maitre de Chabannes , bâton de son autorité à la main , qui avait réuni toute la Cour de France et les Grands Corps de l'Etat, appela à haute voix lors du diner des obsèques donné à l'Hôtel des Tournelles : " Tous les serviteurs du feu roi sont- ils ici ? " . Les assistants donnèrent une réponse positive, et devant les grands magistrats du royaume, La Palice se serait ainsi exprimé : " A ceste heure Messeigneurs, je vous fait assavoir que le roy notre Sire, Loys douzième de ce nom est trépassé de ce siècle à l'autre et que notre maistre est mort et que nous n'avons plus de maistre pour ce chacun se pouvoye là où il se pourra pour voir, et en signe de vérité, je romps mon baston et le jette à terre " . Devant cette assemblée de grands magistrats et de la haute noblesse d'Etat, prostrée dans le deuil qui affecta la France, tous enfin s'écrièrent : " le Roi est mort, Vive le Roi ! "

Sous François Ier:

Le roi défunt n'ayant pas d'héritiers directs, le fils de son cousin, François Ier, de la maison de Valois-Angoulême, lui succède sur le trône. Favorisant ses proches, le nouveau souverain destitue La Palice de sa charge de grand maître au profit d'Artus Gouffier de Boisy. Cependant, François Ier le récompense de sa loyauté en l'élevant à la dignité de maréchal de France le 7 janvier 1515. Réformant au sommet de l'État son équipe dirigeante, le nouveau souverain, qui n'a pas écarté les grands capitaines du règne précédant (La Trémoille, La Palice, Trivulce, Galiot de Genouillac, etc.) récompense La Palice de sa fidélité en lui attribuant, le 24 mars 1515, les revenus des francs-fiefs et acquêts de Rouergue. Revenu en Artois au printemps de l'année 1515, La Palice et sa femme partent pour les Pays-Bas bourguignons et rendent visite à Béthune à Isabelle de Luxembourg, mère de la nouvelle épouse du maréchal. Afin d'œuvrer à l'établissement du couvent des Annonciades fondé par cette dernière, La Palice et son épouse se font représenter sur l'un des vitraux de l'église du monastère.

 

Le célèbre condottiere Prospero Colonna est capturé en août 1515 par La Palice et plusieurs autres. Extrait du Journal de Louise de Savoie.

Malgré la perte de la quasi totalité des places italiennes, les ambitions politiques de François Ier, affichant à son tour ses prétentions sur le Milanais, rallument immanquablement la guerre. En ce jours d'été du 15 juillet 1515 le jeune roi François Ier qui se préparait à guerroyer en Italie, décida avant son départ, de signer une ordonnance, nommant sa mère Louise de Savoie , comme Régente du royaume France, charge qu'elle exercerait durant l'absence du roi. Au bas de cette ordonnance royale signée par François Ier, figura également la signature du maréchal de La Palice, confirmant la nouvelle nomination de Madame la Régente, mère du roi. L'armée française entre dans le Piémont à travers les Alpes. L'avant-garde, commandée par La Palice, passe par le col de l'Argentière, surprenant les Suisses et les Italiens, et enlève Villefranche où le général italien Prospero Colonna est vaincu et capturé. L'incroyable passage sans encombre de l'artillerie et de l'infanterie française avec plein succès au delà des alpes, fut évoqué par l'historien florentin Paul Jove, qui bien que peu enclin aux visées expansionnistes des français, du reconnaître leur totale réussite :

 

" Ce succès fut d'autant plus agréable aux français, qu'il fut suivi de la nouvelle de la prise de Colonne par La Palice qui s'étant avancé avec quatre escadrons de cavalerie, pour amuser les ennemis, par le moyen de certains guides du pays, traversa heureusement le sommet du Mont-Perosa et surprit si à propos et si vigoureusement l'ennemi, qu'il le mit en déroute et prit Prosper qui estoit à Ville-Franche, sur le point d'en partir pour aller joindre les suisses ce même jour. La prise d'un si grand capitaine ne fit pas perdre courage aux suisses. Ils retournèrent véritablement à Milan, mais par le conseil du Cardinal de Syon ( Matthieu Schiner) ils s'engagèrent par serment d'attaquer les ennemis, sitôt qu'ils approcheraient et de disputer le salut de Milan, dans une bataille rangée, où ils donneraient de véritables preuves de leur valeur".

 

Il poursuit jusque dans le Milanais et est un des conseillers du roi lors de la bataille de Marignan. Cette victoire française scelle le traité de Noyon auquel le maréchal de La Palice est signataire. La paix revenue pour une courte période, La Palice remplit plusieurs obligations familiales où il s'acquitte le 9 Janvier 1516 avec Marie de Melun sa seconde épouse, du paiement des droits de bails sur la Principaupé de Steenhuyse en Pays d'Alost, les époux tuteurs des fiefs appartenant à Louis et René de Bruges, enfants mineurs du ier lit de ladite dame de Melun. Le 8 Juillet 1516, le maréchal de La Palice assista au mariage de sa nièce Françoise de Chabannes, veuve du maréchal de Savoie, avec Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier et père de la favorite Diane de Poitiers, qui assiste également à la cérémonie. Quelque temps plus tard La Palice rentre en France mais reprend peu après le chemin de l'Italie où, comme ambassadeur plénipotentiaire du roi de France, il est, aux côtés du chancelier Antoine Duprat, un des signataires du Concordat de Bologne imposé au pape Léon X.

 

En récompense de ses talents militaires et de sa contribution au recouvrement du Milanais, par lettres patentes du 9 octobre 1516, le roi lui fait don du château et de la seigneurie royale de Compiègne ainsi que de tous les droits et revenus qui leur sont adjoints. Le souverain lui fait également don d'une somme de 8 000 écus d'or et le nomme grand veneur de France. La paix revenue, La Palice et plusieurs autres grands seigneurs et dames de la cour accompagnent François Ier, la reine Claude et Louise de Savoie au monastère de l'abbaye Notre-Dame de Fontevraud le 6 juin 1517, à l'occasion de la prononciation des vœux de Madeleine d'Angoulême, sœur naturelle du roi. Les nombreux faits d'armes du maréchal, déjà remarqués dans diverses œuvres littéraires de son temps, le sont notamment dans celle de François Desmoulins de Rochefort parue entre 1519 et 1520 où, dans son ouvrage sur les Commentaires de la guerre gallique, celui-ci compare allégoriquement La Palice à l'un des sept généraux de Jules César. En cette année 1519, La Palice est envoyé en pays champenois où il fut chargé de lever des troupes pour la gendarmerie du roi . En prévision de l'arrivée du maréchal de Chabannes, le conseil échevinal et les consuls de Châlons-en-Champagne décidèrent en mai de lui réserver le meilleur accueil et de lui faire don de plusieurs présents : " à M. de La Palisse, 4 poinçons de vin,12 chapons et 12 lapins " . Le temps de la paix revenu, La Palice est en mesure de faire une acquisition foncière en pays vendômois, en achetant dans la vallée du Loir le 15 janvier 1520, aux proches environs du château de la Possonnière, où naît en 1524 le futur poète Pierre de Ronsard, la seigneurie du village de Les Hayes, située au sud de Montoire-sur-le-Loir. Aux delà des Alpes, la trève guerrière étant de très courte durée, le maréchal de La Palice se préoccupa à partir de 1520, de réaménager son vieux manoir de La Palisse en Bourbonnais. A cette fin, Jacques II de Chabannes fit démolir la partie nord du vieux château médiéval et reconstruisit en adjonction un grand logis de style renaissance italienne appelé le " Château Neuf " , venant ainsi remplacer l'ancienne courtine qui faisait corps à la chapelle Saint-Léger jadis chapelle paroissiale. Cependant les diverses missions diplomatiques et la guerre reprenant sans cesse, La Palice confia durant sa longue absence la supervision de ces importants travaux, à Marie de Melun son épouse, dame fort instruite jadis par les beaux- arts de sa Flandre natale. Entre temps le maréchal de La Palice qui avait ramené de Florence ou de la cour de Ferrare divers artisans ébénistes ayant travaillés pour l'atelier de Sebastiano Serlio, prodiguèrent avec magnificence dans sa nouvelle demeure, toute la finesse et l'art de leur industrie. Sous leurs ciseaux talentueux, naîtront à La Palisse trois merveilles de l'art de la renaissance , dont l'extraordinaire Salon Doré ( en réalité La Chambre Royale ) , au plafond à caissons losangés, et à clés pendantes, dorés à la feuille dont la beauté est reconnu comme unique en Europe. Ce nouveau corps de logis d'une architecture particulièrement soignée et constituée de murs composés d'un appareillage de briques boutisses disposées en croisillons, fut particulièrement signalée dans le traité d'architecture d'Eugène Viollet-le-Duc, qui en souligna toute l'élégance de la construction.

 

 

En cette année 1520 où le maréchal commença à transformer sa demeure favorite, La Palice n'ayant que peu de répit, fit partie dès Juin 1520 à Ardres du nombre des grands personnages officiels accompagnant le roi François Ier, où comme ambassadeur plénipotentiaire il participa à la fameuse rencontre avec le roi Henri VIII d'Angleterre, lors de la fastueuse entrevue dite du Camp du Drap d'Or. Quelques années auparavant ( en 1513 ) Henri VIII qui s'était inquiété dans une missive de la probable mort de La Palice eu l'honneur de le revoir " bien vivant " au Camp du Drap d'Or, puisque le seigneur de La Palisse paré d'un riche pourpoint brodé d'or s'y trouva en personne où il tint l'office de juge de tournois. Durant presqu'un mois, cette éblouissante réception princière et diplomatique, organisée dans ses moindres détails par le chancelier Thomas Wolsey, eut moultes réjouïssances, ripailles, aubades et joutes diverses, où s'affrontèrent en la lice les plus vaillants chevaliers, venus de France et d'Angleterre. Au cours de cette fastueuse rencontre dont les minces résultats diplomatiques ne furent pourtant que poudre aux yeux; les deux souverains ( deux colosses de 25 et 28 ans ) qui rivalisaient d'opulence, s'engagèrent dans un combat au corps à corps, voulant évaluer amicalement de leurs forces physiques respectives. Après une vigoureuse empoignade et un furtif croc-en-jambe, François Ier faillit terrasser Henry roi d'Angleterre, qui esquiva de peu la chute et l'humiliation générale. Témoin de cette étrange scène qui frisa l'incident politique, il parait que l'arbitrage rendu par M. de La Palice fut de toute neutralité, qui devant le roi son maître, resta de marbre....

 

L'année suivante, afin de favoriser à un rapprochement diplomatique avec la belliqueuse Angleterre, aux côtés du chancelier Antoine Duprat La Palice retourna en Artois où en Août 1521 il est envoyé comme ambassadeur du roi aux conférences de Calais chargé de négocier la paix avec les ambassadeurs du roi Henri VIII . Les négociations n'ayant pas abouties Chabannes plus utile à la guerre qu'à la paix, fut remplacé par messire Oliver de La Vernade et fin août 1521 , il fut désigné pour conduire la tête d'une armée de 3 000 hommes destinée à ravitailler la ville de Tournai, assiégée par les Impériaux. Depuis la perte des places de Tournai et de Thérouanne, la vulnérabilité des frontières picardes ( rivière de Somme ) et champenoises posait au roi de France, de constantes inquiétudes quant à leur inviolabilité. Aussi en cette fin d'année 1521, la guerre allait-elle reprendre sur le front de l'Artois, entre le roi François Ier et l'empereur Charles Quint. En Octobre 1521 François Ier détacha un corps expéditionnaire qui sous la conduite de François Ier de Saint-Pol ( parent de La Palice par sa femme ) donna mission au comte de Saint-Pol de préserver militairement la ville picarde de Péronne , menacée par les incursions espagnoles de la proche cité de Bapaume , située aux confins de l'Artois. Afin de mener à bien cette entreprise guerrière dans l'Artois espagnol, le comte de Saint-Pol qui avait recruté plus de 6.000 pauvres diables composés de picards et de mercenaires divers, pilla, brûla et détruisit le 16 Octobre 1521 les fortifications de la ville de Bapaume, qui fut ainsi mis hors d'état de nuire aux intérêts territoriaux du roi de France. Pour l'accomplissement et la totale réussite de cette représaille guerrière, le comte de Saint-Pol fut secondé par le capitaine Bayard et des maréchaux de La Palice et de Robert III de La Marck maréchal de Fleurange, dit le Jeune Adventureux. L'occupation de l'Abbaye d'Arrouaise, du brûlement du village d'Havrincourt et enfin de la prise et de la dévastation de Bapaume par La Palice et par ses compagnons d'arme, suscita un grand succès du roi de France sur le front de l'Artois espagnol, province alors administrée par plusieurs membres de la belle-famille du maréchal de La Palice. Situé aux marches du royaume de France, l'ingrate situation géopolitique du vulnérable Comté de Saint-Pol presque enclavé dans l'Artois espagnol, et dont les seigneurs avaient prêtés allégeance au roi de France, eut à souffrir de multiples assauts des Impériaux. Aussi les querelles diplomatiques entre l'Empereur et le roi de France, menaçaient-elles sans cesse de se raviver pour le contrôle des places de l'Artois, au point que certains seigneurs artésiens tel Philippe de Berghes soupçonné d'appartenir au parti français, se vit confisquer en 1521 la seigneurie du Château d'Olhain, que Charles-Quint donna à son conseiller le comte d'Epinoy François de Melun, beau-frère de La Palice, connétable de Flandre , chevalier de l'Ordre de la Toison d'or.

 

À la suite de la signature du traité de Fribourg , en ce début d'année 1522, le roi François Ier qui cherchait à consolider pour sa cause l'alliance des Cantons Suisses, envoya le 30 Janvier 1522 une ambassade à Lucerne, représentée par son oncle le Grand-Maitre de France René de Savoie, du maréchal de La Palice, de Galéas Saint-Severin ( Galeazzo Sanseverino ) Grand Ecuyer de France et du maréchal Anne de Montmorency . Les négociations diplomatiques de cette importante ambassade furent laborieuses, au point que la Diète de Lucerne décida finalement l'enrôlement de quelque 16.000 suisses, volontaires pour aider le roi de France à la reconquête du milanais. Quelque temps plus tard, La Palice retourne en Italie et, sous les ordres du maréchal de Lautrec, commande la ligne principale de l'armée française lors de la bataille de la Bicoque en 1522, qui voit les Français battus par Colonna. De retour dans ses fiefs du Bourbonnais, Jacques de La Palice et sa femme deviennent seigneurs engagistes de la châtellenie de Chavroches, achetée le 2 août 1522 à la duchesse Anne de France. Afin de suppléer à la soudaine disparition du maréchal de Chastillon ( Gaspard Ier de Coligny ) le roi François Ier dans une lettre adressée de Blois le 31 Août 1522 au seigneur de Bourdeilles, l'informe qu'il vient de nommer son cousin le mareschal de Chabannes, dans la charge de lieutenant général en Guyenne , invitant François II de Bourdeille à rejoindre au plus vite le maréchal, dorénavant chargé de veiller à l'intégrité territoriale de cette province

 

Le maréchal est peu après de retour dans les Pyrénées, envoyé au secours de Fontarabie qu’il parvient à ravitailler. Il oblige ensuite le connétable de Bourbon à lever le siège de Marseille, s’empare d’Avignon puis dirige l'armée française vers Milan abandonnée par les Espagnols. Lors de la défection de Charles III de Bourbon en 1523, La Palice est chargé en septembre par François Ier avec le Grand Batard René de Savoie grand maître de France , de l'arrestation du connétable, avec la mise à prix par le roi d'une offre de 10.000 écus d'or, à qui remettait entre leurs mains l'arrestation de l'intraitable félon. Après de vains efforts pour dissuader son suzerain et ami de porter les armes contre son souverain naturel, La Palice investi par le roi de cette importante mission rédemptrice, se mit en route vers le château de Chantelle, demeure du connétable de Bourbon. L'armée commandée par le Grand Bâtard de Savoie et le maréchal de La Palice, trouva le château de Chantelle, abandonné par le connétable de Bourbon, qui traqué dans sa fuite se trouvait déjà hors d'atteinte dans son duché. Malgré l'arrestation manquée dudit connétable de Bourbon, une des premières mesures confiscatoires du roi, fut de donner son principal fief au maréchal de La Palice, en le nommant capitaine du château de Chantelle. A partir de 1523 , La Palice déjà à la tête d'un vaste ensemble de territoires, ( Roannais, Beaujolais, Marche, Combraille, etc. ) reçoit aussi la charge de Gouverneur de Lyon et du Lyonnais, de même que l'administration de la Principauté de Dombes confisquée au connétable. Il est alors nommé premier président du Parlement de Dombes.

Afin d'organiser des bastions défensifs face a la menace potentielle des armées helvètes, La Palice se voit attribué par lettre patente du roi François Ier datée de Blois le 10 Mai 1524, de l'office de Lieutenant général (Gouverneur) en Dauphiné, chargé de la défense de cette province. Le 28 octobre 1524, La Palice se trouve avec le roi au siège de Pavie, défendue par les troupes espagnoles d'Antonio de Leiva. L'armée impériale est commandée par Fernando de Àvalos et Charles de Lannoy. Le connétable de France Charles III de Bourbon, passé sous la bannière de Charles Quint, arrive en renfort des Espagnols. La Palice, qui dirige l'avant-garde de l'armée française, figure parmi les principaux chefs militaires français lors de la bataille de Pavie, qui se déroule sous les murs de la ville le 24 février 1525. En sa qualité de vétéran des guerres d'Italie, il fait partie des proches conseillers du roi. Au conseil du roi, La Palice, qui a préalablement déconseillé d'engager la bataille contre l'avis de Guillaume Gouffier de Bonnivet, favori du roi, doit se résoudre à participer au combat.

 

En dépit des réticences de La Palice, le roi ordonne la charge des chevaliers. Dans le cours de la bataille, cette charge de cavalerie réduit à néant la stratégie des artilleurs du grand maître de l'artillerie Galiot de Genouillac. Comme beaucoup d'autres, La Palice, qui participe à la charge, est désarçonné par des arquebusiers et doit combattre à terre en armure, face à des lansquenets plus légèrement vêtus. Après avoir résisté pendant un temps, La Palice est vaincu par les Impériaux et doit se rendre à un capitaine napolitain du nom de Giovanni Battista di Castaldo. La capture du maréchal lui est néanmoins disputée par un officier espagnol nommé Buzarto, qui a lui-même espéré faire prisonnier La Palice. Furieux que l'Italien se refuse à partager l'éventuelle rançon, Buzarto décharge son arquebuse à bout portant sur la cuirasse du maréchal, le tuant. La bataille de Pavie se solde par une lourde défaite française, et le roi François Ier lui-même, fait prisonnier, est conduit jusqu'à Charles-Quint à Madrid.

 

Postérité

Les exploits militaires du maréchal de La Palice sont relatés dans l'œuvre de plusieurs chroniqueurs ou poètes du temps : Phillipe de Commynes, Jacques de Mailles, Jean Bouchet, Marillac, Jehan d'Authon, Gringore, Hugues de Colonges, Jean de La Vigne, Jean Marot, Jean Molinet, Jean Barrillon, Varillas, Martin du Bellay, le maréchal de Fleurange, François Rabelais, Claude de Seyssel, Blaise de Monluc, Ronsard, Guichardin, Antoine du Saix, Montaigne, Étienne Dolet , André Thevet, etc. Dans son ouvrage édité en 1524 sur Les Gestes, ensemble de la vie du Preulx Chevalier Bayard, Symphorien Champier le compare à un second Bayard. La bravoure et la disparition de La Palice inspire en 1525 à un poète de la Cour, Guillaume Dubois, le récit de la mort du maréchal dans un ouvrage intitulé L'Apparition du Mareschal sans reproche, feu Messire Jacques de Chabannes, en son vivant Mareschal de France.

 

Aimé de ses soldats mais redouté et respecté de l'ennemi, la figure du maréchal de La Palice apparaît dans de vieilles chroniques espagnoles, dont celle d'Hernan Pérez del Pulgar, ancien capitaine castillan au service de Gonzalve de Cordoue. Les Espagnols, qui le dénomment parfois dans leur littérature La Paliza, el capitan de muchas guerras y victorias, font de celui-ci un personnage doué d'un sens héroïque osant défier la fougue guerrière du Gran Capitan. Dans son ouvrage sur la Vie des Hommes Illustres et des Grands Capitaines Français Brantôme fait du maréchal de La Palice le portrait suivant : « Les Espagnols l'appeloient souvent, el Capitan La Paliça, grand Mareschal dy Francia. Bel Honneur ! Comme nous avons appelé Monsieur de Biron dernier, le grand et premier Mareschal. J'ay veu le portrait dudit Sieur de La Palice. Il monstroit bien ce qu'il estoit, très beau et de très belle façon ».

 

À la fin du xvie siècle, marqué par les guerres de religion, la mémoire de La Palice est honorée par André Thevet, cosmographe officiel du roi, qui fait paraître en 1584 une importante anthologie biographique intitulé Les Vrais Pourtraits et Vies des Hommes Illustres, Grecz, Latins et Payens, et retraçant le destin de plusieurs grands personnages, dont celui du maréchal de La Palice. Assurément La Palice qui s'était distingué durant plus de 20 ans sur presque tous les champs de batailles aux cours des guerres d'Italie, était-il regardé comme l'un des plus grands hommes de guerre de son temps et fut en grande renommée à la Cour de France. Un artiste de cette époque ( anonyme ) fit exécuter au XVIe siècle , un unique et beau portrait peint du légendaire maréchal de France, dont l'original se trouvait dans la Galeries des Illustres du Château de Selles-sur-Cher. Au début du XVIIe, Paul Ardier qui venait d'acheter à Florimond Robertet l'un des anciens relais de chasse de François Ier du Château de Beauregard, s'appliqua à restituer une Galerie des Illustres digne d'ornementer cette magnifique demeure du Val de Loire. Par chance, le nouveau propriétaire du château de Beauregard, pu faire copier juste avant leur disparition, plusieurs de ces portraits d'illustres du château de La Selles, dont précisément celui de M. de La Palice. Plusieurs grandes demeures françaises possédèrent jadis des Galleries d'Illustres, mais hormis l'exceptionnel patrimoine de Beauregard, seul le Château de Bussy-Rabutin en possède encore une, digne du plus grand intérêt.

 

Le mausolée du maréchal : une merveille de la Renaissance italienne

Marie de Melun, seconde épouse et veuve du maréchal de La Palice, fit élever vers 1530 dans la chapelle du château de La Palice un mausolée en marbre de carrare qui fut plus tard saccagé pendant la Terreur sous la Révolution française. Ce XVIIIe siècle particulièrement outrageant pour la mémoire du maréchal de La Palice, le fut encore plus quand la demeure du preux chevalier fut l'objet d'un vandalisme irrespectueux des révolutionnaires marseillais remontant sur Paris. Avant les temps troublés de la Révolution française, hormis l'incomparable beauté du Salon Doré, l'incontournable merveille de la petite ville de La Palisse que l'on se devait de visiter, était incontestablement le Mausolée du maréchal de La Palice. Dans un ouvrage paru en 1779, le parlementaire Anselme Crignon d'Ouzouer fit une description sommaire de la splendeur du monument, que tous les voyageurs de passage sollicitaient de voir, et tout particulièrement en 1775 lors d'une halte de la princesse royale Clotilde de France qui sollicita d'admirer le mausolée :

 

" Le château est antique et bâti sur une hauteur. Les connaisseurs estiment beaucoup le tombeau du Maréchal de Chabannes, tué à la bataille de Pavie; il est dans la chapelle du château. Les bas reliefs en sont très riches, et tout fut travaillé à Rome, par les ordres de la femme du maréchal, qui y est représentée à ses côtés. Madame en passant par La Palice pour aller épouser le Prince de Piémont ( Charles-Emmanuel IV ) logea au château, et une des premières choses qu'elle demanda, fut de voir le mausolée de M. de Chabannes. Les hommes illustres sont toujours présents à la mémoire des Princes faits pour leur ressembler (...) "

 

Avec le Grand Salon aux murs initialement tendus de cuirs de Cordoue, du Studiolo ou du Salon Doré (en réalité la Chambre Royale), ce cénotaphe somptueux représentait l'un des les plus remarquables trésor du château de La Palice. Les concepteurs de ce monument appartenaitt probablement à l'atelier des Giusti, des Florentins coauteurs du tombeau de Louis XII à Saint Denis. Quelques éléments du tombeau sont abandonnés dans une cour d'auberge. Le baron de Montfaucon, ancien maire d'Avignon, voit ces débris en 1830 et les achète pour une somme de 60 francs de l'époque, avant de les léguer au musée Calvet d'Avignon où ils sont toujours exposés.

 

La partie conservée du tombeau est en albâtre et correspond à la base d'une composition qui a dû être beaucoup plus importante. Elle représente trois des vertus cardinales :

 

la Prudence devait tenir dans sa main droite un miroir ; sa main gauche est posée sur un crâne symbole de la vanité.

La Force extirpe d'une tour, symbole de l'âme chrétienne, le péché représenté par un dragon auquel il manque la tête.

La Justice tient le long de son bras une épée ; elle devait tenir dans sa main gauche la balance traditionnelle.

La Tempérance figurée traditionnellement avec un mors de cheval est perdue.

La Prudence - Musée Calvet-Avignon

La Force et la Justice- Musée Calvet-Avignon